La guerre des Malouines (1982)

Discours préliminaire

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ! C’est pourquoi il faut le faire…

« Nombreux sont ceux qui par le monde ont oublié la guerre des Malouines » (L’Histoire Vécue)

C’est au large de la Terre de Feu, à 14 000 km de Londres – sous les 50e hurlants, dans un océan glacial arctique sur lequel le soleil n’offre que cinq heures de jour la moitié de l’année, que se dessinent un groupe d’îles, les Malouines.

Fig. 1 : « le vieux lion aurait pu y laisser sa peau »

En 1982 les prétentions, injustifiées, de la couronne britannique sur ce territoire, bien loin de la chambre des communes, servit de justification politique au gouvernement Thatcher pour asseoir son autorité. On assista alors à un déferlement de contre-vérités et d’invectives à propos du peuple argentin, bien loin d’honorer les anglais. A décharge l’opinion publique britannique fut trompée par une présentation fallacieuse de l’histoire de cette région, ce qui eut pour conséquence une guerre durant laquelle 907 argentins et près de 300 anglais ont trouvés la mort.

Le héros du « Grand Cirque » navigua ainsi contre les vents des compte-rendus officiels, des grains de la presse et de l’opinion publique anglaise, entraînés par les discours d’une Margaret Thatcher inflexible et de son gouvernement, lesquels avaient ce mépris pour les peuples latins qu’ils considéraient comme des danseurs de Tango. A l’issu du conflit, durant lequel « le vieux lion y perdit bien des poils de sa crinière et aurait pu y laisser sa peau » – remporté par les anglais, Pierre Clostermann considérait que la victoire aérienne en revenait indiscutablement aux argentins.

Ses positions, dont le seul journal Paris Match accepta de publier un long article de sa plume intitulé « Le Grand Cirque des Malouines » (reproduit dans les pages suivantes) lui valurent des critiques cinglantes et le déni de ses anciens camarades Britanniques, dont certains allèrent même jusqu’à déclarer que Clostermann ne méritait ni ses victoires et encore moins ses deux DFC (Distinguished Flying Cross)

A la sortie de son L’Histoire Vécue, relatant le conflit des Malouines et son intervention, mon grand père m’offre cette dédicace : Mon cher Pierre-Alain, « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ! »  – c’est pourquoi il faut le faire…


Prétentions injustifiées sur les Falklands

Fig. 2 : Traité de Tordesillas (7 juin 1494) instaurant le partage du Nouveau Monde

Si Clostermann prit le parti de l’Argentine, c’est d’abord en considérant l’histoire des Malouines (Falklands pour les Anglais) très différente de celle couramment répandue dans les médias.

Au XVe siècle, le traité de Tordesillas (1494) et une bulle du pape Jules II (1504) reconnus par l’ensemble des nations, garantissent ad vitam aeternam la souveraineté espagnole sur ces îles perdues au fond de l’Atlantique sud.

Au XVIIe siècle, les pêcheurs intrépides de Saint-Malo avaient installé sur ces îles une colonie et des aires de séchage de Merlu et de Légine, poissons qui abondaient dans ces eaux. On peut encore lire aujourd’hui les récits d’un grand nombre de ces vaisseaux malouins pêchant au large de l’Argentine : le Polypeau, le Saint-Charles, le Notre Dame de l’Assomption, le Notre-Dame de l’Incarnation… qui relâchaient souvent dans les ports de la péninsule ibérique, ce qui explique le terme de Malvinas que l’on retrouve sur les cartes dessinées pour le roi d’Espagne jusqu’à celle de Piri Reis datée aux environs de 1513. Le nom Malouines était né.


Fig. 3 : Fragment de la carte de Piri Reis (1513) sur laquelle est inscrite une transcription phonétique du terme ‘Malvinas’

Un acte de piraterie

Une colonie de baleiniers anglais qui s’y était installé, fut délogée en 1760 par le gouverneur de Buenos Aires, lequel vint confirmer la propriété espagnole sur ces îles.

En accord avec l‘Espagne, la France prend temporairement possession des Malouines en 1764 et fonde la ville de Port Louis. En 1767, Louis XV restitue les îles à la couronne espagnole lors de son mariage avec l’infante et commence alors une alternance de gouvernements argentins et espagnols de trois ans chacun qui perdurera durant presque 70 ans.

En 1833, les anglais, qui échouèrent à la prise de Buenos Aires s’étaient alors rabattus sur les Malouines dont ils avaient expulsé le gouverneur Pinedo.

« La force avait primé sur le droit car, même à Londres, à la chambre des lords, cet acte fut qualifié de piraterie » 

Depuis cette date, l’Argentine n’a cessé de clamer en vain sa souveraineté sur les Malouines.


En 2012, à l’approche du trentième anniversaire du conflit, l’Argentine continue de réclamer sa souveraineté. La mission du prince William (dans son cursus normal de pilote d’hélicoptère) réveille les médias internationaux. Cette présence fut en effet vivement critiquée par le ministère des affaires étrangères argentin accusant Londres de provocations en ayant organisé son apparition dans l’uniforme du conquérant plutôt que celui de la sagesse (Le Monde, 2 février 2012)

En 2016, des discussions entre le nouveau gouvernement argentin et l’Angleterre ont repris afin de soutenir le développement économique des îles (Le Point 14 septembre 2016) mais en 2017, la militarisation rampante britannique aux Malouines continue de menacer toute la région (Sputnik News, 20 mars 2017)

A l’approche de la sortie du Brexit, le gouvernement britannique s’inquiète d’une redéfinition des liens entre les Malouines et le Royaume-Uni (RFI, 30 novembre 2018)


Fig. 4 : Pierre Clostermann félicite le pilote argentin Ken Charney durant la seconde guerre mondiale.

Admiratif face au courage des jeunes pilotes argentins, Pierre Clostermann envoie un courrier de soutien à Lami Dozo, chef d’état major de la FAA, la Force Aérienne Argentine ainsi qu’une carte dans laquelle il s’adresse directement aux pilotes et à leur familles.

Cette carte, qui trouvera une grande résonance au sein de la Force Aérienne Argentine, sera reproduite et encadrée dans toutes les bases de la FAA.

La lettre aux pilotes argentins

Texte original :

A ustedes, jóvenes argentinos compañeros pilotos de combate quisiera expresarles toda mi admiración. A la electrónica más perfeccionada, a los misiles antiaéreos, a los objetivos más peligrosos que existen, es decir los buques, hiciste frente con éxito.

A pesar de las condiciones meteorológicas más terribles que puedan encontrarse en el planeta, con una reserva de apenas pocos minutos de combustible en los tanques de nafta, al límite extremo de vuestros aparatos, habéis partido en medio de la tempestad en vuestros « Mirage », vuestros « Etendard », vuestros « A-4 », vuestros « Pucará » con escarapelas azules y blancas.

A pesar de los dispositivos de defensa antiaérea y del los SAM de buques de guerra poderosos, alertados con mucha anticipación por los « AWACS » y los satélites norteamericanos, habéis arremetido sin vacilar.

Nunca en la historia de las guerras desde 1914, tuvieron los aviadores que enfrentar una combinación tan terrorífica de obstáculos mortales, ni aun los de la RAF sobre Londres en 1940 o los de la Luftwaffe en 1945.

No sólo vuestro coraje ha deslumbrado al pueblo argentino sino que somos muchos los que en el mundo estamos orgullosos que seáis nuestros hermanos pilotos.

A los padres y a las madres, a los hermanos y a las hermanas, a las esposas y a los hijos de los pilotos argentinos que fueron a la muerte con el coraje más fantástico y más asombroso, les digo que ellos honran a la Argentina y al mundo latino.

Ay!: la verdad vale únicamente por la sangre derramada y el mundo cree solamente en las causas cuyos testigos se hacen matar por ella.

Coronel Pierre Clostermann
Armée de l’Air

Traduction :

« A vous tous, les jeunes argentins compagnons pilotes de chasse, je tiens à exprimer toute mon admiration. À une électronique plus sophistiquée, aux missiles anti-aériens, aux cibles les plus dangereuses qui soit, c’est à dire les vaisseaux, vous avez fait front avec succès.

Malgré les conditions météorologiques les plus terribles qui puissent se rencontrer sur la planète, avec une réserve de seulement quelques minutes dans les réservoirs de naphte, à l’extrême limite de vos appareils, vous êtes partis au milieu de la tempête dans vos  » Mirage », vos « Etendard », vos « A-4 », vos « Pucara » aux cocardes « bleues et blanches ».

En dépit des dispositifs de défense anti-aérienne et des SAM des navires de guerre puissants, alertés très à l’avance par les AWACS et les satellites américains, vous avez attaqué sans vaciller.

Jamais dans l’histoire des guerres depuis 1914, les aviateurs ont dû faire face à une combinaison aussi terrifiante d’obstacles mortels, même pas ceux de la RAF sur Londres en 1940 ou ceux de la Luftwaffe en 1945.

Non seulement votre courage a ébloui le peuple argentin, mais nous sommes nombreux dans le monde à être fiers que vous soyez nos frères pilotes.

Aux pères et aux mères, aux frères et aux sœurs, aux épouses et aux enfants des pilotes argentins qui allèrent à la mort avec le courage le plus fantastique et le plus stupéfiant, je leur dis qu’ils honorent l’Argentine et le monde Latin.

Ah, la vérité ne vaut que par le sang versé et le monde ne croit qu’aux causes dont les témoins se font tuer pour elle ».

Colonel Pierre Clostermann
Armée de l’Air

L’invitation de la Fuerza Aerea Argentina

Suite à ce courrier, dans lequel il s’offusque des contre-vérités et des déclarations désobligeantes de la presse britannique et internationale, Pierre Clostermann est invité à rencontrer les pilotes sur leurs bases et à consulter l’intégralité des documents.

Le 10 décembre 1982, cette visite fera l’objet d’un long article dans Paris Match intitulé « Le Grand Cirque des Malouines« .

D’ici le 2 avril 2019, jour de commémoration de la guerre des Malouines, nous publierons cet article en trois parties agrémentées de nombreux documents supplémentaires et des traditionnels profils d’avions.


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