La première victoire de Pierre Clostermann

17 juin 1943

Groupe de chasse  : 341 RAF Sqd ‘Alsace’

Obtenue sur : Spitfire (NL-B)

Lieu : Trouville-sur-Mer

Avion : Messerschmitt 109

Etat : Endommagé

in memoriam
TROUVILLE-SUR-MER, il y a 75 ans…

En janvier 1942, Pierre Clostermann quitte le Royal Air Force College de Cranwell pour entrer à l’Operational Training Unit (OTU) n°61 basée à Rednal où il pourra enfin voler sur le légendaire Supermarine Spitfire. Il en sortira huit mois plus tard pour une affectation au 341 RAF (French Squadron) ‘Alsace’.

« French Squadron », car il regroupait les pilotes français des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) et « Alsace » car il était la continuité de la 1ère Escadrille Française de Chasse alors nommée « Groupe de Chasse Alsace ». Elle avait été créé en Egypte en 1941 et perdurera longtemps après la guerre sous les noms de III/2, 3/13 puis 1/30 Alsace, quand ses traditions furent définitivement transmises au groupe 2/30 Normandie-Niemen en 2008.

En octobre, Pierre Clostermann effectue sa première mission de guerre.

La réalité étant toujours bien différente de la théorie, il comprends que tirer sur un avion dans les premières missions, même pour un virtuose de la voltige, était aussi compliqué que de faire mouche dix fois de suite avec une flechette sur une cible accrochée à un cheval au galop.

Une mission pouvait durer une heure et demi sur laquelle il fallait compter 40 minutes pour se rendre sur les lieux et 45 pour en revenir, le combat à proprement parler ne durant pas plus de 4 ou 5 minutes.

Mais durant ces cinq minutes de terreur, dans un bruit infernal, asphyxié par les odeurs d’essence, sous une tension musculaire extrême, avec des différentiels de vitesse très importants, alternant sans cesse des « g » encaissés en positif et en négatif, une attention à la dixième de seconde pour éviter l’avion qui passe 5 mètres au-dessus à 600 km/h (combien de copains se sont percutés en plein vol !!!) les pilotes pouvaient perdre jusqu’à 5 ou 6 kilos. Un moral d’acier permettait de remonter en selle quand d’autres perdaient l’esprit, quittaient la RAF ou finissaient par se fair tuer alors qu’ils étaient tétanisés de frayeur en plein combat.

Il s’aperçoit vite qu’il est impossible de toucher un avion à plus de 30 degrés en montée ou en descente, alors en virant de bord n’en parlons pas !

Tous utilisaient la technique du novice qui consiste à « arroser le paysage » avec de longues salves en espérant voir le Focke Wulf 190 percuter un obus qui passerait miraculeusement sur sa trajectoire…

Rien n’y faisait… Jamais !

Pourtant on leur répétait sans cesse – et c’était écrit en gros sur tous les murs des baraquements et du mess :

– NE PAS VISER LE BOCHE DANS LE SOLEIL

– ATTENDRE DE VOIR SES YEUX POUR TIRER

– LE BOCHE QUE VOUS N’AVEZ PAS VU EST CELUI QUI VOUS DESCENDRA

– IL VAUT MIEUX UN « PROBABLE » QU’ETRE MORT POUR L’HOMOLOGUER

Mais la peur dictait toujours d’aller au plus simple…
Pour descendre un avion, il fallait être juste derrière lui, à la même vitesse, sur la même trajectoire et si proche… Mon Dieu, si dangereusement proche ! et avec sa précieuse attention focalisée sur lui… ce qui occultait le boche tirant sur nous par derrière…

Pierre Clostermann engageait donc ses premiers combat aériens après huit mois d’entraînement. Mais ce « jeu de cons » comme il l’appelait parfois, était si complexe qu’il lui fallut encore presque huit mois en vol de guerre et plusieurs dizaines de missions avant d’arriver à semblant de résultat.

D’octobre 1942 à juin 1943, il engrangeait de l’expérience, maîtrisant plus finement son avion en situation extrême, tout en voyant les copains tomber jour après jour sous le feu ennemi. Certains explosaient en vol, d’autres brûlaient dans un avion en chute libre sans pouvoir s’éjecter ou bien prenaient un obus perdu… alors qu’ils planaient en parachute au milieu des avions s’enroulant les uns dans les autres. Voilà ce qu’était la vie de ces jeunes à peine sortis de l’adolescence.

Puis vint le jour tant attendu, celui de la première victoire – bien que toute relative car elle ne fut ni probable, ni homologuée : un Messerschmitt 109 comptabilisé comme « Avion Endommagé »

Si difficilement décrochée, elle était dédicacée à tous les copains disparus.

Nous étions le 17 juin 1943 dans le ciel de Trouville-sur-Mer.

C’était il y a 75 ans aujourd’hui… il en avait 22.

« PATRIAM SERVANDO VICTORIAM TULIT »

1935 : Le baptême de l’Air de Pierre Clostermann

été 1935

Baptême de l’air

Réalisé sur : Latécoère 521

Lieu : Lac de Biscarrosse

LAC de BISCAROSSE

Depuis qu’il a vu l’avion de l’aéropostale s’envoler d’une plage à Rio, un jeune passionné de 14 ans n’attend qu’une seule chose, le jour de son baptème de l’air…

Durant l’été 1935, de voyage en France, il trépigne et compte les heures. Arrive enfin le matin du jour J ! Ses parents l’accompagnent au lac de Biscarosse dans les Landes et soudain, sous ses yeux d’enfant ébahi, il découvre l’engin tant attendu.

– OUAH !!! Papa regardes !

Il sera baptisé sur un hydravion géant, le Latécoère 521 « Lieutenant de Vaisseau Paris », inauguré 6 mois plus tôt en janvier de la même année.

– Non, voyons ce n’est pas possible Jacques, dis sa mère !
– Laisses-le répond-t-il, ça lui passera.

(Avouez qu’il fallait quand même en avoir pour piloter un engin pareil !!!)

Sa chère maman dû bien se résigner, voyant son fils partir pour un tour au dessus de la forêt des Landes, dans le brouhaha infernal du 6-moteurs qui semble peiner à quitter la surface de l’eau.

– Mon Dieu ! Jacques !
– Ne t’inquiètes pas Madeleine, tout va bien se passer.

Croyant que cela suffirait à le dégouter de cette idée étrange d’un homme qui vole, elle suivit des yeux l’avion jusqu’à son retour, frémissant à l’approche de l’amerrissage.

Mais QUE NENNI ! Le bambin ressort de ce monstre plus excité que jamais. Sur le chemin du retour et le soir au diner, il ne parle que de cela. C’est décidé, il sera pilote ! Et il veut commencer ses heures de vol dès que possible.

Avec des parents aimants, de retour au Brésil, l’inscription est prise à l’aérodrome de Manguinhos.

Très vite il sera repéré, incroyablement doué pour le pilotage.

Mais Madeleine n’en était pas à sa dernière frayeur… En effet, quelques mois ont passés et c’est maintenant en voltige qu’il s’entraîne sans relâche dans le plus grand secret. Jusqu’au jour où….

De visite surprise à l’aérodrome, elle croise le chef pilote et lui demande où est son fils. – Là bas ! répond-il, montrant un avion en train de décoller…

Ne sachant pas qu’elle l’observe, il va donc faire à son habitude et, à peine les roues ont-elles quitté le sol qu’il entame un spectaculaire tonneau ! Inutile de vous décrire la réaction de la maman…

Mais tout finira par bien se terminer, son instructeur étant un pilote émérite et respecté.

Le jeune élève intrépide s’appelait Pierre Clostermann.

Ironie de l’histoire, l’instructeur qui lui a tout appris était Karl Benitz, un allemand qui sera tué au combat dans le ciel européen quelques mois plus tard.