La Guerre des Six Jours dans le QG du Chel Ha’Avir.

A l’été 1967 le président de Gaulle était très mal informé sur les positions israéliennes par le Quai d’Orsay – traditionnellement pro-arabe. Pierre Clostermann ayant tissé des liens d’amitié depuis 1945 avec Ezer Weizman – pilote de chasse héroïque et respecté devenu général, fut dépêché par de Gaulle à Tel-Aviv en sa qualité de vice-président de la commission de la défense Nationale.

 

Parti dans l’avion de nuit du 4 juin, Pierre Clostermann atterrit à Lod le lundi 5 juin 1967 à 3h45 du matin. Après trois quarts d’heure de trajet chaotique en Jeep, il arrive au bunker du H’eil Ha’Avir, dans lequel se trouve le centre de contrôle souterrain des forces aériennes israéliennes.

 

Loin de se douter de l’état de la situation, Clostermann entre dans une salle bondée et en pleine effervescence, tous les écrans allumés en boucle sur les pilotes en train de s’harnacher. Il est accueilli par le général Weizman qui lui lance un « Pierre ! Tu arrives à temps pour la partie ».

 

Il est 4h30 du matin, Pierre Clostermann comprend qu’une guerre est sur le point de commencer. Les heures qui suivirent furent cruciales dans l’histoire d’Israël.

 

Dans son livre l’Histoire Vécue, il explique la situation. Toutes les instructions étaient données pour que la vie continue afin de rassurer les pilotes égyptiens. Les avions commerciaux se posent à l’heure prévue et les élèves pilotes font leurs entraînements quotidiens sur Fouga Magister en suivant le plan de vol habituel. Deux heures et demi plus tard, l’ordre est donné par Ezer Weizman de lancer les hostilités. ZANNEK ! *

 

Pierre Clostermann, qui avait produit de nombreux fuselages de Mirage III dans son usine de Reims Aviation en sous-traitance pour Dassault, voit ces avions, fierté du H’eil Ha’Avir, filer par série de quatre appareils sur leurs objectifs. L’attente se fait alors angoissante jusqu’à ce que la radio se réveille 40 minutes plus tard : Victoire ! Les premiers avions égyptiens étaient détruits au sol, au canon mitrailleur de 30.

 

A 8h30, 1h25 après le début de l’offensive, c’est plus de 180 appareils de la flotte égyptienne qui étaient mis hors de combat. Ezer Weizman rejoint Clostermann au balcon des opérations : « Pierre, la guerre est gagnée ! »

Cette guerre des six jours, les historiens l’appelleront la guerre des deux heures.


 

Mirage III israélien

 

En milieu de journée, Levi Eshkol insiste pour que Clostermann rejoigne la salle du Conseil des Ministres afin d’assister à la réunion du gouvernement. Il se retrouve assis à côté de Shimon Peres et doit répondre à des interrogations sur les positions françaises.

 

Le mercredi 7 juin, le chauffeur de la jeep emmenant Joël Le Tac, André Vivien et Pierre Clostermann fait une erreur de trajet et se retrouve – plusieurs heures avant l’entrée des troupes israéliennes, en pleine bande de Gaza. Clostermann, humaniste par nature et qui a toujours prit la défense des ‘under-dogs’, raconte dans son récit, à la vision d’un pareil ghetto, le haut le cœur qui lui enserra la gorge. C’était pire que les favélas de Rio de Janeiro ou de San Salvador, un robinet d’eau tous les deux cents mètres et des barbelés partout, même sur la plage.

 

Pris entre les tirs de mortier dans Gaza, Clostermann, Vivien et Le Tac se mettent à l’abri. A cet instant, ils aperçoivent deux Mirages passer en rase-mottes pour tirer un objectif en pleine mer : un sous-marin égyptien qui avait fait surface pour participer à la bataille et attaquer les positions israéliennes. Les ballast crevés, il ne lui restait plus qu’à se rendre et fut remorqué jusqu’au port d’Haiffa.

 

Le lendemain, Pierre Clostermann et Ezer Weizman se rendent au domicile de Ben Gourion à Tel Aviv car celui-ci a un courrier destiné au général de Gaulle. Il y retrouve Moshe Dayan autour d’une tasse de thé et d’un vin blanc. Après les échanges diplomatiques sur les évènements s’engage une longue et passionnante discussion sur l’avenir d’Israël, du Moyen Orient et de la place que chacun pourrait y tenir dans le futur.

On trouve dans le journal de David Ben Gourion la note suivante :

 

8 juin 1967 – « A huit heures et demi la délégation est venue me voir. Le porte-parole était (Pierre) Clostermann, allié de de Gaulle (et député au parlement). J’ai brièvement expliqué ce que nous avons fait et leur ai demandé si, en tant que Catholiques, ils s’opposaient à ce que la vieille ville reste entre nos mains. Ils répondirent qu’ils ne s’y opposaient pas. Clostermann m’informa qu’il rencontrerait de Gaulle demain à 16h30 et me demanda si je souhaitais l’accompagner. Je lui ai répondu la même chose qu’à Edmond (de Rotschild). D’après Clostermann, de Gaulle veut la paix. Je lui ai dit que si les Arabes étaient d’accord pour faire la paix, mon opinion, en tant que citoyen, est que nous devrions nous retirer des territoires capturés, à l’exception de la vieille ville. Mais nous ne nous retirerons pas en l’absence d’une paix durable. Ils doivent retourner en France ce soir. Nous nous sommes quittés en très bons amis. »

 

Traduit de Ben Gurion’s Diary for the 1967 Six-Day War, Vol. 4 (S. Ilan Troen et Zaki Shalom)

 

De retour en France, Clostermann rend compte de la situation au général de Gaulle et rédige son rapport à l’Elysée. Il fera ensuite une intervention en sa qualité de vice-président de la commission de la défense Nationale devant les parlementaires. Il y expliquera en détail comment les égyptiens ont attaqué en premier, bien que son explication sur ce point n’ait jamais été reprise dans le compte-rendu.

 

Deux semaines plus tard, un article du journaliste Sylvain Zegel pour le Figaro titre : Pierre Clostermann raconte…

 

Rampe de missile SAM II

Il raconte comment les israéliens prirent, dans le Sinaï, la rampe de lancement des missiles russes Sam II B aux égyptiens qui l’avaient abandonné. « Un cadeau à faire rêver James Bond ! ». En effet il ne s’agissait pas que de la rampe, mais de six missiles avec l’intégralité de leur environnement technique, lois de guidage, radar d’acquisition, calculateur électronique, radar directionnel. Un secret jusque-là exclusivement soviétique et pour lequel les américains avaient subit de lourdes pertes au Nord Vietnam sans aucun résultat. En quelques heures seulement il cessa d’être mystérieux.

 

Il explique comment les égyptiens ont attaqué en premier et l’erreur fondamentale qu’ils ont commis en n’apportant pas de soutient aérien pendant l’entrée des chars, soutient en retard de 12 heures ce qui permit aux Mirages israéliens de se poser pour remplacer les missiles Air-Air par un armement Air-Sol.

 

Pierre Clostermann termine l’interview en soumettant au lecteur cette réflexion : les avions israéliens n’ont pas attaqué les chars qui entouraient Amman et qui se trouvaient de ce fait sous le contrôle direct du Roi.

 

(extraits du Figaro Littéraire, 26 juin 1967, n° 1106) 


*Zannek ! : cri de guerre israélien